Le monde de l'Internet a été secoué en quelques semaine par deux immenses éclats de rire, le premier suite à "l'affaire" Jean Sarkozy / EPAD, le second autour de la présence ou non de Nicolas Sarkozy le 9 novembre 1989 à Berlin.
Bien évidemment, rire du pouvoir, s'en moquer ou le caricaturer n'est pas fait nouveau. Les fous du Roi n'ont pas attendu Internet pour faire les pitres au pied des puissants. Mais ces deux épisodes témoignent sans conteste d'un changement fondamental d'échelle et de nature. De nature tout d'abord car, jusqu'à une période récente, la caricature du pouvoir et l'impertinence envers les puissants, certains s'en faisaient une profession. De Le Luron aux Guignols en passant par Desproges, Bedos, Guillon, Carlier et quelques chansonniers du Théâtre des deux ânes, pour ne citer que quelques contemporains, l'ironie politique était affaire de spécialistes. Or, ces deux épisodes témoignent de l'incroyable potentiel de créativité qui peut émerger des internautes. On souligne beaucoup que l'un des piliers du web 2.0, c'est justement le contenu créé par les internautes eux-mêmes. Il est rare d'avoir sous la main un exemple aussi frappant. Il n'est qu'à voir les multiples parodies qui, en quelques jours seulement, ont circulé sur Twitter autour du tag #jeansarkozypartout puis quelques semaines plus tard #nicolassarkozypartout. Le phénomène Twitter illustre d'ailleurs le second changement que je signale, le changement d'échelle. En effet grâce à la vitesse de diffusion des réseaux sociaux, la viralité de ces éclats de rire parcourt le Net en quelques jours, voire en quelques heures, et l'éclat de rire devient général sur le web, au point d'obliger la classe politique à réagir. Et avec plus d'un foyer sur deux connecté aujourd'hui à Internet, difficile d'échapper à l'épidémie. Et impossible pour la sphère médiatique de l'ignorer, relayant ainsi le phénomène auprès des non-connectés.
Ce double changement, d'échelle et de nature, fait du Rire général un élément éminemment subversif pour le pouvoir, bien plus en tout cas que les Guignols. J'avance ainsi l'hypothèse, que, à l'instar du Nom de la Rose, où un ouvrage d'Aristote, La Poétique, et en particulier le livre consacré au Rire, représente pour l'autorité religieuse un danger mortel, au sens propre comme au sens figuré, le fait que le Pouvoir soit aujourd'hui l'objet du Rire du Peuple est un signal sinon révolutionnaire, du moins un marqueur fort de la relativité de son pouvoir. Comme le montre Aristote, le Rire est ici la marque du ridicule de celui dont on rit, en l'occurrence du pouvoir.
Rions, rions et rions encore de ce pouvoir qui s'accroche à des chimères, et nous aurons peut-être alors des lendemains qui chantent plus sûrement qu'en coupant les têtes.

