Michel Pébereau aurait déclaré, à l'université d'été du MEDEF, "cette crise est un mystère". Il n'est pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir...

Intervention de Yves Le Hénaff. Tentatives de retour sur les causes de la crise actuelle au point de vue économique. Tentatives car c'est un peu laborieux, non pas tant sur le fond que sur la forme... Le point clé de la crise est l'emballement du crédit, cette crise est fondamentalement une crise de l'endettement. La grande majorité des innovations financières qui sont devenues incontrolables ces dernières années était une réponse à ce besoin de financement de l'endettement. L'intervention des Etats, s'il a répondu au problème conjoncturel, n'a pas apporté de réponse de long terme à la financiarisation de l'économie. De plus la crise sociale reste très largement devant nous.

Quelles réponses?

Traiter l'endettement international (en particulier aux Etats-Unis, qui doivent cesser de siphonner l'épargne mondiale).

Développer des modèles de croissance plus auto-centrés, en particulier dans les pays émergents et le premier d'entre eux, la Chine.

Ré-introduire des mécanismes de régulation économiques internes (et en particulier afin de traiter la question de la répartition entre revenus du travail et capital, qui est une des réponses au recours au crédit de la part des ménages).

Prendre acte de la multipolarité du monde, et en particulier contraindre l'OMC à abandonner le multilatéralisme pour une régulation par grandes zones.

Repenser les régulations économiques à l'échelle européenne, sous peine de risquer une implosion de l'euro.

Intervention de Bruno Moschetto. Là encore, retour sur la crise des subprimes, par un ancien banquier et universitaire. Subprimes, monétisation des créances, titrisation, ratios prudentiels, bref, la financiarisation expliquée aux nuls! L'économie financière s'est développée sans aucun lien avec une création réelle de valeur. Chronologie au pas de course des renflouements publics des banques américaines, allemandes, belges et françaises. Justification de l'intervention publique dans le secteur bancaire, système sanguin de l'économie. On ne pouvait faire autrement pour ne pas mettre en péril l'ensemble de l'économie. C'était la première partie, dite économie de la crise.

S'ouvre maintenant la seconde partie, plus grave, la crise de l'économie, plus longue et plus profonde. Appel à une régulation bilatérale Etats / marchés. La crise n'est pas la faillite de l'Etat mais celle du non-Etat. Au niveau européen, importance d'augmenter le budget européen, peut-être de le porter à 10% du PIB des états membres contre 1,25% aujourd'hui. "La pensée néo-libérale est toujours prégnante dans les sphères financières". Rapport de 1 à 500 des rémunérations entre dans les établissements bancaires contre 1 à 15 il y a 25 ans, quelle justification à cette indécence?

Bon, c'était sans doute intéressant mais 25 pages en 20 minutes, c'est une gageure... Bruno Moschetto, l'Usain Bolt du discours? Fort heureusement, l'intervention se conclut sur trois points: liberté, égalité, fraternité.

Intervention de Jean-François Knepper. Rappel du lien entre action syndicale et pensée politique. Chez EADS, la stratégie de l'entreprise est conduite en vertu de la parité euro-dollars! Politique des partenaires à risques (anciennement sous-traitants) menée par les grands groupes, qui externalise certes les risques, mais également à terme leur propre valeur ajoutée. Illustration par l'exemple avec la politique industrielle d'Airbus sur l'A350 et de Boeing sur le Dreamliner. Edifiant! L'urgence du syndicalisme : dénoncer les modes de gestion effarants, car dogmatiques, des grands groupes industriels. "Le drame de l'industrie aujourd'hui, c'est le drame du pouvoir et le drame du profit".

Intervention de Georges Sarre. Toujours là, Georges. Et bien bronzé en cette rentrée. Retour à un discours plus politique (et c'est parti pour les camarades) après deux interventions techniques et un témoignage de terrain... retour des métaphores et des formules chocs, souvent éclusées.

Retour sur la décision de la cour suprême allemande concernant le traité de Lisbonne : "L'Europe est encore malade de l'oligarchie européenne qui l'a engendrée". Bon, c'est intéressant Georges, mais tu ne réponds pas à la question posée! Ah, voilà ce que c'est que d'offrir une tribune à ceux qui n'en n'ont plus guère.

Éloge du modèle républicain et de l'intérêt général. Tiens, George coupe l'herbe sous le pied de Jean-Pierre et fait le discours de clôture avant la clôture. "Si nous nous contentons d'exiger des normes environnementales et sociales à l'OMC, alors autant allez mettre à cierge à Lourdes, l'effet sur le libéralisme en sera le même. Amen".

Intéressante intervention sur le rapport de l'impôt à la protection sociale (la CSG doit-elle être un idéal républicain pour la rénovation sociale?). Le compromis républicain a délégué à la sphère économique (c'est à dire à l'entreprise et au salariat) la question de la protection sociale. Doit-on remettre en cause ce compromis.